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Comptes-rendus d'ouvrage

Aimé Bonpland, mon amour

… Alain Couturier vient de publier Adeline Bonpland, un roman fascinant sur Adeline Delahaye, dite Bonpland, car elle partagea son existence pendant dix ans, de 1810 à 1820 — sans être jamais mariée avec lui, car le divorce était alors interdit —, tout d'abord au Château de la Malmaison, les sept premières années, puis à Buenos Aires, les trois dernières, avant que notre Aimé — tant aimé au demeurant de la gent féminine — ne s'envolât pour ses ultimes voyages, vers Corrientes dans le Nord-Est Argentin et le Paraguay, en 1820, et ne les abandonnât avec Emma, sa fille de sept ans, sur un quai du port de Buenos Aires.
On pourra toujours dire que la Guerre Civile qui régnait alors entre Corrientes et Buenos Aires l'empêcha de les rejoindre quelques mois plus tard comme prévu, et que son enlèvement par les troupes du dictateur paraguayen, José Gaspar Rodríguez de Francia en 1821, mit un terme à leur union, mais quand Aimé sortit libre de sa réclusion paraguayenne de dix ans, en 1831, il ne chercha pas à renouer avec Adeline et Emma.

Tout au contraire, Adeline ne cessa d'essayer de le rejoindre, de 1821 à 1830, tout d'abord à Río avec Emma et puis seule, après avoir laissé sa fille de dix-sept ans au couvent, en 1827, afin d'avoir les mains libres dans son incroyable quête de Bonpland.
En effet, après avoir essayé de l'atteindre par le Brésil, depuis Rio, via le Matto Grosso, elle rentra en Europe pour y chercher des appuis en Angleterre et en France, puis elle repartit seule de Rio, en 1827, elle doubla le Cap Horn, et se rendit à Lima, puis entreprit un voyage épique d'Arica à La Paz, dans les pires conditions, digne de celui de Flora Tristan.
Elle avait même prévu de se rendre à Asunción, via le Chaco bolivien et en redescendant ensuite le fleuve Paraguay, mais son ami, le Général Sucre, alors président de la Bolivie, réussit à l'en dissuader car elle y aurait laissé sans doute la vie.
Mais quelle extraordinaire Leçon d' Amour ! Quel extraordinaire Voyage d'Amour, car au-delà de l'aspect romantique du personnage, les considérations d'Adeline à la première personne, sur le Voyage, lors de son expédition d'Arica à La Paz, sont tout simplement exceptionnelles, en voici quelques unes qui m'ont particulièrement marqué en tant que lecteur et voyageur :''Aussi le voyage ne devait pas avoir de fin. Il était devenu une fin en soi. […] Mais le plus souvent, ce qui me ramenait à la vie, c'était le simple sentiment qu'il ne se passait rien d'autre que de voyager''.
Il convient de revenir à présent sur l'usage de cette première personne, dans la première partie du livre : Le voyage d'Adeline, qui occupe la moitié de l'ouvrage ; au niveau sémiotique, il s'agit de toute évidence d'un discours-récit, Adeline raconte son incroyable histoire, elle est tout à la fois narrateur et personnage. Elle devient aussi en quelque sorte auteur ; tout comme mon Bonpland, dans le roman que je lui ai consacré, nous avons Alain et moi, quasiment au même moment décidé d'endosser la personnalité de notre personnage, de nous y fondre, de nous y perdre aussi parfois, et de lui redonner un souffle narratif, de lui redonner vie à travers des mémoires apocryphes.
Mais en ce qui concerne Alain, la performance est double, car il s'agit d'une femme, elle est digne d'un Flaubert qui n'hésita pas à déclarer :''Emma Bovary, c'est moi !''
De plus le discours-récit d'Adeline est doublé d'un journal intime, celui d'Adeline au seuil de la mort, à Cellettes, en 1870, qui fonctionne comme un méta-récit, un écho du premier récit, ce qui donne au lecteur une double perspective : Adeline jeune et aimante de son inoubliable Bonpland, inconsolable mais dans la lumière, Adeline, seule, agonisante, oubliée de tous, dans l'ombre pendant les quarante dernières années de sa vie, avec une jonction onirique possible entre ces deux Adeline.
Ce magnifique roman est à n'en pas douter une totale réussite ; il permet en effet de sortir de l'ombre et de l'oubli un personnage historique hors du commun, et il atteint tant au niveau de l'écriture que de la réflexion philosophique sur le voyage, des sommets.

Eric Courthès

HTTP://SALON-LITTERAIRE.COM/FR, mars 2013

http://salon-litteraire.com/fr/l-harmattan/revi...

Auteur concerné :

Alain Couturier


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