L'élève et l'étudiant face à la pandémie à coronavirus

Alphonse Niane

L'économie est quasiment en berne, les populations enfermées et frustrées, le monde de la santé en effervescence, fonctionnant en plein régime, la presse tenue en haleine, les gouvernements sous forte pression et à court de stratégies restent ébahis voire dépassés; la plus grande crise du 21e siècle est en train d'imprimer son temps sur les pages jaunes de l'histoire de l'humanité. Son envergure est mondiale, elle ignore les frontières qu'elle franchit à grande vitesse, méprise toute tentative humaine visant à lui barricader la route et ridiculise le savoir scientifique jusque-là considéré comme "très avancé". La maladie à coronavirus ou covid-19 pour la nommer a en même temps fait couler beaucoup de salive et d'encre et monopolise l'actualité comme l'ont toujours été les grands événements qui ont émaillé la vie sur terre. Le coronavirus comme pandémie dévastatrice n'est pas unique en son genre. Le monde a déjà été le théâtre de calamités sanitaires de grande ampleur telles que la grippe espagnole de 1918-1919 (avec au moins 50 millions de morts en une année) et la peste noire de 1347-1352 qui en plus de leur corollaire macabre avaient très négativement impacté sur l'économie, la religion, la politique, etc.
Cependant le coronavirus se distingue par son avènement en pleine maturité de la mondialisation ou la révolution continue des moyens de transport et des télécommunications ont déjà fait du globe terrestre un "village planétaire", rendant rapidement universelle la maladie. Ainsi si d'aucuns voient en la pandémie un régulateur des équilibres de l'existence mondiale interdépendante : diminution du réchauffement climatique et de la pollution, moment sabbatique de la frénésie économique, le rapprochement social avec la fameuse injonction "Restez-vous", la revitalisation des solidarités, la redynamisation de la foi religieuse, la réaffirmation du pouvoir et de l'autorité politiques, etc. ; la maladie n'en demeure pas moins un fléau qui a plongé le monde dans un océan de maux dont une famine qui menace plusieurs millions de personnes. Un mouvement d'entraînement a créé une spirale de crises. Le système est vivement secoué dans sa quasi-totalité, et le domaine éducatif fait partie des plus impactés.
Dès l'entame de l'interdiction des rassemblements jugés très favorables à la dissémination de la maladie, l'école fut la première à être pointée du doigt. Pourtant "on a plus besoin de l'école en temps de problèmes" arguait un dirigeant politique. Le Sénégal ferme nonobstant l'ensemble des écoles et universités du territoire national le 14 mars dans un communiqué du Chef de l'Etat pendant que le pays enregistrait que vingt-quatre (24) cas positifs. Et à trois vaines tentatives de réouverture les élèves et étudiants sont toujours sommés de rester chez eux, l'école demeurant une inquiétude pour une transmission de masse. Ainsi, à l'instar du télétravail mis en avant, l'école en ligne, l'école à la radio et à la télé sont initiées et développées malgré leurs limites. Et ceci même dans un contexte sénégalais de disparités notoires concernant l'accès à ces technologies, certains ne disposant même pas d'électricité à domicile. Ce qui était déjà des inégalités scolaires peuvent se renforcer davantage.
Il est nécessaire de signaler que dans une telle situation de covid-19, les élèves, étudiants et apprenants n'ont jamais autant besoin d'être éclairés et rassurés. Beaucoup craignent d'échouer et d'autres peuvent décrocher. Après tant de temps de repos, de désapprentissage et de recul certain du niveau, une reprise efficace inquiète profondément, ainsi certains élèves n'ont plus aucune envie de retourner à l'école. En ce qui concerne toutes les mesures de sécurité prévues pour une rentrée scolaire éventuelle, les élèves et apprenants s'inquiètent des vigoureux efforts d'adaptation qui les attendent. Se laver régulièrement les mains, éternuer dans le coude, utiliser un mouchoir jetable, porter en permanence un masque dès fois très gênant, avoir conscience de se tenir à distance des autres, bref "s'isoler dans la masse", sont autant d'inhabitudes qu'il leur faudra longtemps avant que le sens pratique ne leur permette de les exécuter convenablement. L'incertitude et la peur de contracter la maladie s'installe et les parents sont aussi bien concernés. Le stress et la dépression peuvent grandement devenir les conséquences psychologiques d'une telle reprise. Un accompagnement psychosocial serait sans aucun doute nécessaire.
L'orientation scolaire et professionnelle a également pâti des effets de la pandémie ; les centres académiques de l'orientation subissent le ralenti des activités. La psychose entraînée par l'idée d'une année entière à perdre traumatise de nombreux élèves/étudiants dont l'avenir était déjà tracé et calculé au millimètre près. L'année scolaire étant perturbée, le futur des jeunes indécis s'embrouille davantage. Les projets des uns deviennent incertains voire abandonnés et ceux des autres nécessitent un remaniement ou un revirement total : des alternatives, des court-circuits et des résignations sont de ce fait déjà envisagés. Les autres n'osant pas y réfléchir, attendent fatalement l'aboutissement des évènements. Ce qu'il est convenu de retenir est que le besoin d'orientation des jeunes est tributaire à un présent stable et un avenir maîtrisable.

Psychologue conseiller


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