Examens et concours nationaux entre échecs et prénotions dans la zone orientale : les jeunes découragés.

Alphonse Niane

Un concours doit être l'aboutissement d'un projet personnel pertinemment élaboré, longtemps muri et rigoureusement préparé

L'éloignement des régions de la zone orientale, précisément Tambacounda et Kédougou, ne se conçoit pas seulement en termes de distance géographique et de particularités climatiques. Leurs populations se sentent en générale isolées et distantes de tout ce qui se trame dans la capitale, trop perçue comme le cœur du Sénégal. Un cœur dont l'élément vital qu'il pompe arrive tard ou jamais dans cette partie, souvent oubliée, de l'organisme du pays. En dehors des autres domaines socioéconomiques peu valorisés et peu promus faute de pouvoir être suffisamment alimentés, le secteur de la participation volontaire aux concours et examens nationaux est violemment touché, subissant davantage les durs contrecoups du fort taux d'échec observé chaque année.
Un concours doit être l'aboutissement d'un projet personnel pertinemment élaboré, longtemps muri et rigoureusement préparé. Les psychologues conseillers des régions de Tambacounda et de Kédougou, dans de le cadre de leurs missions d'information et d'orientation, sillonnent la zone tout entière ratissant l'ensemble des collèges et lycées qui s'y trouvent. Cependant, ils sont confrontés au quotidien aux insurmontables objections, réticences et velléités de beaucoup de jeunes en dépit de la forte sensibilisation sur l'importance surtout des concours. Cette réalité est plus radicale dans les communautés plus éloignées de la capitale régionale, qui sont enclavées ou difficile d'accès à cause de voies routières peu praticables. En plus d'être souvent peu ou pas informés, les jeunes de la campagne voient rarement la nécessité de parcourir des kilomètres pour s'inscrire et subir les épreuves d'un concours dont la probabilité de réussite est perçue comme quasi-nulle.
En effet, les concours s'affichent toujours comme un domaine de compétition dans lequel doivent s'affronter ceux qui ont les moyens financiers et disposent de connaissances haut placées dans le circuit administratif, capables de les porter un coup de pouce. Manquant de confiance en eux même ou au système, la plupart des jeunes ne se sentent pas concernés, si ce n'est par "obligation" ou par "manque de choix" qu'ils décident enfin de "tenter leurs chances". Ainsi, les résignations d'avance ne manquent pas surtout au moment où ils s'inscrivent : "je veux juste tenter ce concours…", "Je le fais parce que je n'ai pas le choix…" ou encore "Untel m'a demandé de faire ce concours…". On note un très faible taux de participation pour des milliers de jeunes ayant le BFEM et préférant conduire des motos Jakarta, penser à émigrer ou seulement rester chez eux, sans compter les milliers d'autres (3250 titulaires de BFEM en 2017) qui engorgent continuellement les lycées.
Les raisons d'un tel état d'esprit sont multiples : beaucoup de jeunes sont d'avis que seuls les candidats de la région de Dakar et des alentours présentent les meilleurs profils : ils reçoivent un enseignement de qualité, disposent de possibilités de suivre des cours d'encadrement et connaissent mieux les réalités, ont un accès facile à la documentation et sont beaucoup mieux informés que les autres. Toutes leurs chances sont donc réduites s'ils doivent "entrer en compétition avec des candidats d'une si grande préparation". Et comme si ces conjectures ne suffisaient pas pour décourager les candidats, le fort taux d'échec qui s'observe vient confirmer l'hypothèse. Par exemple pour plus de 500 candidats inscrits au concours du CNFP, le plus ciblé de la zone, dans la région de Tambacounda en 2017, seuls deux ont été retenus pour admissibilité.
Les psychologues conseillers sont donc confrontés à la nécessité urgente de déconstruire ces préjugés des jeunes, sauf que cela demeure un travail de longue haleine. Il est donc grand temps que les autorités se joignent à la tâche.
Il est possible même pour tous les concours, que le nombre de places mises en compétition soit révélé à l'avance pour que les candidats puissent estimer leur probabilité de réussite. Une autre solution consisterait à mettre en place des quotas pour chaque région pour éviter les zéro admis dans des régions comme Tambacounda. Toujours dans le cadre de favoriser l'égalité de participation pour tous les concours nationaux, Tambacounda pouvait être érigée en centre pas seulement pour certains, mais pour tous les concours et examens.

psychologue conseiller


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